[Oneshot] The Probability I Can Kill My Wife Without Being Found Out

Chers lecteurs, chères lectrices, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle.

Commençons par la mauvaise. Vous vous attendiez peut-être à un nouveau chapitre des deux romans que nous traduisons sur ce wordpress. Malheureusement, la vie réelle a repris son droit. Puis lorsque nous nous sommes replongées dans la traduction, nous avons décidé d’attendre d’avoir l’autorisation de mettre en ligne nos traductions françaises de fan avant de remettre ces projets en route. Les démarches sont en cours et nous croisons les doigts !

Cela dit, j’ai une bonne nouvelle pour compenser ! J’ai décidé de vous faire un cadeau de Noël et j’ai donc contacté les traducteurs anglophones d’autres histoires. Les réponses furent positives, donc je vous présente là une première nouvelle ! N’hésitez pas à me dire ce que vous en aurez pensé.

Sur ce, joyeux Noël !


Titre original :The Probability I Can Kill My Wife Without Being Found Out
妻を殺してもバレない確率 (Tsuma wo Koroshite mo Barenai Kakuritsu)
Titre anglais :
The Probability I Can Kill My Wife Without Being Found Out
Titre français :
La probabilité que je puisse tuer ma femme sans être découvert
Auteur : Hiroro (ヒロロ) a.k.a Hiro Sakurakawa
Genres : romance, drame

Webnovel original sur Syosetu
Traduction anglaise par Inlitify OA
Traduction française réalisée par Littleangele


[0,061 %]

Je commençais toujours mes matinées en activant mes lunettes-ordinateur pour demander une certaine prédiction.

« Eh bien, je suppose que c’est véridique. »

Dernièrement, je n’avais pas vu ce chiffre s’approcher de 1 %.

***

[La probabilité que je puisse tuer ma femme sans être découvert.]

C’était ce que j’avais entré dans la prédiction à calculer. Cela faisait environ 15 ans que les ordinateurs pouvaient réaliser des prédictions simples. Cette fonction était utilisée pour des applications diverses et variées ; je l’employais moi-même sans exception.

Ma femme et moi étions liés par un mariage politique. Il fut amené par l’entreprise gérée par mon grand-père et le soutien financier proposé par le père de mon épouse (maintenant mon beau-père). J’avais une apparence ordinaire et je n’avais aucune capacité particulièrement spéciale. La raison pour laquelle elle me choisit était simple : cette femme que je n’avais jamais rencontrée avait bien aimé ma photo.

« Je ne pense pas que je puisse t’aimer, mais si ça te va… »

Dix ans s’étaient écoulés depuis que je lui avais dit cela, depuis notre mariage. Ce n’était pas que j’avais une petite amie à l’époque ; elle n’était pas laide non plus. De plus, l’entreprise de mon grand-père avait évité la faillite et je devais en devenir le prochain directeur. En fait, tout se déroulait à merveille. Le monde tournait bien, le bon sens était là, tout se passait assurément sans accroc.

Toutefois, ce n’était pas ce que je pensais. Peut-être avais-je eu l’impression d’avoir été acheté, aussi en vins-je à la détester légèrement. Certes, si je ne voulais pas de ce mariage, j’aurais pu tout simplement dire non. Toutefois, la situation ne le permettait pas. Après tout, l’entreprise de mon grand-père était au bord de la faillite ; ce n’était plus qu’une question de jours. Si elle faisait effectivement faillite, une partie de moi était convaincue que ma tête de mule de grand-père, au sens des responsabilités excessivement fort, aurait essayé de convertir sa propre vie en argent. Il avait bien dit que sa vie serait suffisante pour sauver la mienne d’une dette massive. De ce fait, je ne pus que consentir à me marier.

« Je pourrais te tuer et garder tout l’argent dont tu dois hériter. Je te conviens tout de même ? lui lançai-je nonchalamment après la cérémonie de mariage.
— Très bien, assentit-elle en souriant une fois sa surprise passée. Je n’ai qu’à te rendre amoureux de moi avant cela, n’est-ce pas ? »

Ces mots, défiants, lui donnèrent l’air d’une brave guerrière et j’écarquillai les yeux une seconde durant. Ce jour-là, j’entrai [La probabilité que je puisse tuer ma femme sans être découvert.] dans mes lunettes. Après cette simple saisie, l’outil portable prit en compte divers paramètres auxquels il donna une valeur précise avant de sortir la probabilité. Le premier nombre affiché était [38,235 %]. Ce résultat étonnamment élevé me pétrifia de choc. Si proche de 40 % ! pensai-je. Puis je me souvins du voyage que devait entreprendre mon épouse le lendemain. Qui plus est, elle voyagerait seule. La tuer et faire en sorte qu’on la croie toujours à l’étranger semblait possible.

« Et si je fais croire que je voyage seul moi aussi et que je te tue ? Il semblerait que la probabilité de réussite atteigne presque 40 %.
— Je vois. Bonne chance alors. Tu veux que je te ramène quelque chose ? répondit-elle avec désinvolte.
— Tu penses que je ne peux pas te tuer ? demandai-je à la suite de cette réponse si intéressante.
— Si tu arrives à me tuer, ce sera parce que je n’aurai pas fait assez d’effort. » affirma-t-elle.

Je lui dis alors au revoir puis calculai une autre prédiction.

[La probabilité que je tombe amoureux de ma femme dans les six mois à venir.]
[0,001 %]

Évidemment, hochai-je la tête. Même si je la trouvais intéressante, je n’entretenais pas de bons sentiments envers elle. Je ne pensais pas que cela pourrait changer en six mois seulement. Je lui fis part de cela quelques jours plus tard, lorsqu’elle revint. J’étais excité et impatient de connaître sa réaction, mais elle ne me répondit qu’un simple « Je vois. » Pour être honnête, j’étais déçu.

« J’étais sûr que tu ne me détestais pas. » affirmai-je alors.

Après tout, elle m’avait choisi comme partenaire de mariage. Même si elle ne me détestait pas, j’étais certain qu’elle avait quand même des sentiments favorables à mon égard. Cependant, les deux mots qu’elle avait prononcés impliquaient qu’en réalité, tout cela lui importait peu. Ce n’était pas comme si je voulais qu’elle pleurât, mais j’aurais aimé au moins voir son expression contrariée.

« … Puis-je te demander comment tu comptes me tuer la prochaine fois ?
— Pardon ?
— Avant mon voyage, tu avais dit « Et si je fais croire que je voyage seul moi aussi et que je te tue ? », n’est-ce pas ? Je t’attendais, tu sais. Si tu étais venu, je suis sûre que ça aurait été une très belle lune de miel.
— Tu veux être tuée ?
— Si possible, j’aimerais être aimée. »

C’était vraiment une femme incompréhensive. Devant elle, j’activai mes lunettes-ordinateur et entrai de nouveau la question.

[La probabilité que je puisse tuer ma femme sans être découvert.]
[12,253 %]

Je ne serai donc pas découvert une fois sur dix. Quelle probabilité ! Puisque nous étions seuls tous les deux dans cette maison, en plein milieu de la nuit, c’était un nombre prévisible. J’arrêtai mes pensées là.

« Là maintenant, la probabilité est d’environ 12 %. Je suppose que je ne vais pas te tuer maintenant. Sinon, j’aurais fait en sorte que tu ne sois jamais rentrée de ce voyage et j’aurais abandonné ton corps quelque part alentour. Je parie qu’on t’aurait prise pour la victime d’un accident de voiture.
— Dans ce cas, je recommande le parc juste à côté. Cet endroit est connu pour les activités suspicieuses qui s’y passent.
— … Je ne comprends pas ce qu’il peut se passer dans ta tête.
— J’essaie désespérément de te rendre amoureux de moi. »

Lorsque je lui répondis d’un regard noir, elle rit et me remit une boîte, un souvenir d’après elle.

« Je vais le jeter.
— Je te l’ai donné, à toi d’en faire ce que tu veux. »

À cela, je décidai de jeter la boîte à la poubelle avec dynamisme. Je me retournai triomphant pour l’observer et regrettai un peu mon geste. Elle avait les sourcils douloureusement froncés en regardant la boîte dans la poubelle. Je ne voulais pas voir ses yeux, aussi retournai-je précipitamment dans ma chambre. Bien que nous soyons mariés, nous faisions évidemment chambre à part. Je pensais que je ne l’enlacerais jamais et j’étais sûre qu’elle non plus ne voulait pas que je l’enlace.

***

Ce mode de vie brutal continua et ainsi s’écoula un semestre. Lorsque le matin venait, avant même de sortir du lit, j’activais mes lunettes-ordinateur et j’y entrais [La probabilité que je puisse tuer ma femme sans être découvert.] Après m’être levé, je me changeais puis me dirigeais vers le salon.

« C’était 15 % ce matin.
— Oh. Devrais-je me sentir rassurée ?
— On ne sait jamais. J’aurais très bien pu empoisonner ta tasse de café.
— Alors que je viens de la préparer ?
— Si j’avais fait ça hier, c’est possible.
— Je m’en souviendrai, alors. Voilà ta tasse.
— Merci. »

Avec cette tasse de café évidemment sans poison entre les mains, je m’installai à table. Du réveil jusqu’au petit-déjeuner qu’elle avait préparé, tout cela était devenu une habitude. Certains jours, nous ne nous parlions pas du tout, mais j’avais commencé à me sentir plus ou moins confortable avec cette routine. Sa politique de non-ingérence était agréable. Les petits-déjeuners et les déjeuners qu’elle cuisinait arbitrairement étaient charmants. Cependant, c’était une reconnaissance différente de l’amour. Si l’on m’avait demandé si je l’aimais, ma réponse aurait certainement été négative.

***

Deux ans s’écoulèrent ainsi. D’autres considéraient cette durée comme celle durant laquelle un couple commençait à devenir une famille. Nous étions différents.

Un jour, elle me dit qu’elle voulait un rendez-vous galant.

« Je ne veux pas y aller.
— Mais moi si. Allons à l’aquarium, aujourd’hui !
— Je ne t’aime pas. Je ne t’apprécie même pas.
— Mais moi je t’aime. »

Et alors ? pensai-je. Pourquoi pensait-elle que nous pourrions nous entendre comme un couple normal après tout ce temps ? Irrité, je l’observais en silence. Je perçus son léger sourire.

« Tu es sûr que ça te va ? Tu comptes laisser passer cette chance ?
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Si tu réponds à mon invitation, tu pourrais me tuer.
— Je ne veux pas juste te tuer. Je veux te tuer sans être découvert. Si je le suis, ça ne sert à rien.
— Exactement ! Tu te souviens des chiffres d’aujourd’hui ?
— 5,7 %… je crois.
— Oui. Ils ont chuté, dernièrement, non ? Tu es sûr que ça te va ? Si tu m’accompagnes, ce chiffre pourrait grimper en flèche ! Si nous sommes dans une foule, tu peux me poignarder dans le dos avec un couteau qui n’aura rien à voir avec toi : tu ne seras pas découvert. Cela dit, il faut qu’on commence par se mêler à la foule en premier lieu.
— Tu es de bien bonne humeur alors qu’on parle de te tuer.
— Je veux être de bonne humeur aujourd’hui. Ça ira, je te confie mes arrières.
— Pour que je te poignarde ?
— Oh, tu peux m’enlacer tendrement si tu veux. » dit-elle amusée, m’arrachant un sourire.

En fin de compte, ma résistance fut vaincue. Nous partîmes donc pour notre premier rendez-vous alors que c’était presque notre troisième année de mariage. Si je devais ne choisir qu’entre « Je me suis amusé » et « Je ne me suis pas amusé », c’était certainement la première option que je choisirais. C’était la première fois depuis longtemps que je visitais l’aquarium. J’eus l’impression d’être dans un état d’excitation inapproprié pour mon âge. Ce jour-là, mon cœur avait bien trop dansé pour que je pensasse à vérifier la probabilité. Quant à elle, elle souriait à mes côtés et je voulais la remercier pour cette journée. Lorsque la nuit tomba, nous dînâmes à la maison comme à l’accoutumée. C’était un peu plus extravagant que d’habitude. Lorsque je ne trouvai que mes plats préférés sur la table, je jetai enfin un coup d’œil au calendrier.

« C’est mon anniversaire ?
— Donc tu avais bel et bien oublié. On l’a célébré tous les ans, si tu veux tout savoir. »

En y réfléchissant, j’eus effectivement l’impression qu’un jour par an, la table n’était remplie que de mes plats préférés. Je pensais que ce n’était qu’une lubie, aussi n’y avais-je pas fait attention. Maintenant, je me rendis compte que ces jours-là devaient être mes anniversaires.

« Je ne te dirai pas merci.
— Tu viens de le faire, c’est suffisant.
— Je n’ai pas le cœur à célébrer ton anniversaire.
— Je l’ai fait parce que je le voulais. Tu n’as pas besoin d’y prêter attention.
— …
— Merci d’être né.
— De rien. »

Lorsque j’y repensais, je compris qu’elle était juste gênée, mais sur le coup, j’étais perturbé et ne pouvais que me demander : Est-ce que cette femme va bien ? Comme prévu, mon attitude ne changea pas et la sienne non plus. Toutefois, nous sortions ensemble une fois par mois. Pour que je puisse la tuer. Pour qu’elle puisse sortir avec moi.

Voulais-je vraiment la tuer ? Si on me posait la question, j’aurais répondu que je n’en avais jamais eu l’intention depuis le début. Il est vrai que je n’avais pas bonne opinion d’elle et que si elle venait à mourir, alors… Ce n’était pas comme si je n’y avais jamais pensé. Cependant, une option aussi risquée que le meurtre n’était pas de celles qu’un lâche tel que moi aurait pu aisément choisir. Alors que nous devenions un couple marié, cela était juste devenu un sujet de conversation. J’étais sûr qu’elle le savait et qu’elle l’utilisait dans les négociations. Nous l’admettions tous deux et j’acceptai ces marchandages. Pourquoi donc ? me demandai-je. Je pensais avoir une vague idée de la réponse, mais je fermai rapidement la boîte à idées. Après tout, cela faisait plusieurs années maintenant.

***

Depuis, deux ans passèrent encore. Ce fut notre cinquième année de mariage.

« Aujourd’hui, la probabilité est de 2,564 %. C’est le pire. C’est bien trop faible. »
— Je suis soulagée. On dirait que ma vie tranquille va continuer.
— Ce n’est pas comme si tu avais déjà changé. Tu es l’incarnation même de la tranquillité.
— Ce n’est pas toujours le cas. J’ai laissé le poisson trop longtemps sur le feu aujourd’hui, il est brûlé.
— Le mien semble normal, pourtant.
— J’en ai refait un vite fait pour toi. Regarde le mien, il est brûlé. »

Elle me montra alors son assiette avec un sourire amer. J’échangeai nos deux assiettes et attaquai mon petit-déjeuner.

« Tu es sûr ? C’est presque du charbon.
— Et toi, tu es sûre ? J’ai peut-être mis du poison dans ce plat quand tu avais le dos tourné.
— Si c’est ton poison, j’aimerais bien l’essayer.
— Fais-toi plaisir, alors.
— Bon appétit. »

Alors que nous étions à table, je regardai l’heure. À côté se trouvait la date. Cela faisait déjà cinq ans. Pour être tout à fait honnête, je pensais qu’il était temps de jeter l’éponge. Alors qu’elle mangeait, je demandai une prédiction future devant ses yeux. Voyant les chiffres qui s’affichaient sur mes verres, je soupirai. [1,524 %]C’était la même petite probabilité que ce matin, comme je m’y attendais. Dans un accès d’obstination, je lui donnai un chiffre plus élevé.

Par le passé, j’avais discuté avec un ami qui s’y connaissait dans les systèmes de prédictions futures. Je lui avais parlé des prédictions que je demandais et de mon couple. J’étais curieux de savoir pourquoi les nombres allaient en décroissant au fil des ans.

« Tu es vraiment un idiot. » avait-il soupiré avant de m’expliquer cela en détail.

D’après lui, la probabilité demandée était calculée à partir de la probabilité que le demandeur veuille tuer sa femme. Les probabilités décroissantes indiquaient donc un changement de sentiment, m’annonçait-il. C’est ridicule, pensai-je. Même si c’est le cas, que voulez-vous que je fasse après tout ce temps ? voulus-je demander. Puis cette information devint difficile. Elle n’avait jamais changé, même après toutes mes réponses invariablement cruelles. J’avais ignoré les anniversaires et je n’avais fait que tolérer ce qu’elle me donnait.

Cela faisait cinq ans. Cinq longues années. Quelle expression devrais-je prendre en lui disant que je la chérissais ? En fin de compte, même après cela, je choisis de continuer la charade, en ne faisant que recevoir ses sentiments sans retour de ma part.

Puis un jour, je décidai que cela suffisait. Il était temps de rendre les armes. Je ne sais pas si je t’aime, mais je suis certain d’une chose : je te chéris. C’était ce que j’allais lui dire.

***

Aujourd’hui était le jour où elle est née.

Je finis mon petit-déjeuner puis me préparai pour sortir travailler, comme d’habitude. Comme toujours, elle m’accompagna jusqu’à la porte d’entrée. J’ouvris légèrement ma bouche.

« À bientôt, dis-je d’une voix qui semblait vouloir disparaître à tout moment.
— … Oui. Rentre bien. » répondit-elle.

Elle avait une expression larmoyante malgré son sourire et cela me rendit plutôt heureux. J’essayai de me répéter et un « À bientôt » sortit d’une voix plus claire. C’est alors qu’elle sembla être sur le point de pleurer, aussi quittai-je la maison précipitamment.

C’était là un lieu où je pouvais rentrer. C’étaient des mots que je n’avais pas pu prononcer par le passé parce que je ne voulais pas y penser. Si ces mots te rendent si heureuse, j’aurais dû les dire plus tôt, pensai-je alors que je me dirigeai vers mon entreprise.
Recommençons à zéro.
Je le pensais réellement. Je pensais acheter un bouquet en rentrant. J’avais déjà commandé un gâteau. Je voulais célébrer ce que nous n’avions jamais célébré auparavant. Je ne savais pas quel cadeau la rendrait heureuse, alors je pensais que nous pourrions aller en acheter un ensemble. Commencer par là. Je ne connaissais même pas ses préférences, alors qu’elle connaissait parfaitement les miennes. Pourtant, je n’avais jamais rien dit ; c’était vraiment gênant. Toutefois, j’étais motivé pour apprendre. Nous avions le temps. Nous étions mariés.

C’était la première fois que je me rendis compte du temps que je passais au bureau. C’était long. Après certaines opérations, je partis. Alors que je ne voulais que rentrer directement à la maison, je fis le détour prévu chez un fleuriste. Je ne savais pas quelle couleur elle aimait, donc je choisis des roses classiques et les fis emballer. On me demanda combien j’en voulais et je lançai le nombre cent au hasard. C’était un chiffre incroyable. Néanmoins, on me répondit avec sérieux : il n’y avait que ce qui avait été préparé pour la journée. On me proposa alors 70 roses de moins que prévu. Tout allait bien. Lorsque je m’avançai pour accepter le bouquet, mes lunettes tombèrent en un choc métallique. Cela rappela instantanément la prédiction du matin depuis l’historique de l’appareil.

[25,283 %]

Le chiffre affiché me fit écarquiller les yeux. Je remis précipitamment mes lunettes et vis la probabilité être réactualisée toutes les secondes.

[35,145 %]
[38,259 %]
[42,985 %]

Les chiffres augmentaient à chaque clignement d’yeux et finirent par dépasser les 50 %.

[La probabilité que je puisse tuer ma femme sans être découvert : 52,385 %]

Lorsque je vis cela, je courus comme si j’avais le feu aux trousses. Je me rappelais les mots de l’ami que j’avais consulté.

« Si tu veux chérir ta femme mais que malgré ces sentiments, la probabilité dépasse les 50 %, fais attention. Ça veut dire qu’en dépit de tes sentiments, une situation où cela est plus que possible s’est mise en place.
— Qu’est-ce que tu veux dire ? avais-je demandé.
— Comment veux-tu que je le sache ? » avait-il ri.

Une situation où cela est plus que possible ? Quel genre de situation ? me demandai-je en accélérant sur le chemin du retour. Son visage me vint à l’esprit et j’eus des sueurs froides. Je passais par la rue commerçante, où je m’immobilisai devant la boutique d’appareils électroménagers. Sa photo était apparue dans les nouvelles qui passaient à la télévision.

« Accident de voiture… camion-benne… état critique… »

J’essayais désespérément de trier toutes les informations qui affluaient. Lorsqu’ils diffusèrent de nouveau sa photo, ce fut le coup fatal. Je tombai à genoux. Je ne me souviens pas vraiment de la suite des événements. J’entendais mon beau-père me crier dans les oreilles après avoir décroché mon téléphone portable, mais rien ne me parvenait. ***

Tu dormais dans un lit d’hôpital, entourée de machines. Le bandage que je vis me donna envie de détourner les yeux. Toutefois, c’était la première fois que je voyais ton visage endormi, qui était si beau que je ne pus détacher mes yeux de toi. « Joyeux anniversaire. » sont les premiers mots que je prononçais. Je présentai mes excuses dans les suivants : « Je suis désolé, pour tout. »

Par chance, nous n’étions que tous les deux dans la chambre. Je m’assis à côté d’elle et demandai une autre prédiction.

[La probabilité que je puisse tuer ma femme sans être découvert : 99,274 %.]

Évidemment, pensai-je. Même si j’avais découvert mes sentiments pour elle, j’étais certain de sa mort si je touchais l’un des nombreux boutons qui m’entouraient. Si je devais employer une autre méthode pour qu’on ne puisse pas m’incriminer, une légère pression sur sa gorge aurait suffi pour mettre fin à ses jours. Mon ami avait bien dit que la probabilité demandée était « calculée à partir de la probabilité que le demandeur veuille tuer sa femme. ». En d’autres mots, c’était l’hésitation qui était prise en compte : la probabilité que je me sois retenu au moment de tuer. Cependant, dans son état actuel, elle pouvait mourir avant même que je n’aie le temps d’hésiter. Si je m’approchais de la ligne de départ, elle partirait.

« Hé, la probabilité du jour est de 0 %. C’est plus que bas. » lui dis-je, comme à l’accoutumée.

Après tout, la probabilité était nulle. Même si mes lunettes affichaient 99,358 %, je voulais qu’elle vive, donc la probabilité était nulle. Il était impossible que je puisse la tuer.

« Je te promets donc ta tranquillité du jour. Donc ne t’endors pas à jamais. Allons déjeuner, promenons-nous dans le parc. Je ne te l’ai encore jamais dit, mais j’adore les œufs que tu cuisines. Ton poulet frit est délicieux, lui aussi. J’ai toujours mangé en silence les déjeuners que tu préparais avec tout ton cœur. Quand bien même, tu souriais, ravie, donc je m’étais persuadé qu’on pouvait continuer ainsi. »

Ton visage se refroidissait ; je le caressai gentiment pour le réchauffer, priant pour qu’il prenne sa teinte rosée habituelle.

« C’est aujourd’hui que j’ai compris que tu voulais que je te dise « À bientôt ». À cause de mon obstination stupide, je n’avais jamais pu te dire ces mots avant. Mais cet endroit est devenu ma maison depuis bien longtemps maintenant. Je t’ai fait pleurer, n’est-ce pas ? Est-ce que tu pleurais à mon insu ou suis-je juste égocentrique ? Je ne te ferai plus pleurer. C’est vrai, je te le jure. »

J’étais sur le point d’éclater en sanglots. Mon nez me picotait et mes larmes coulèrent finalement lorsque je ne pus plus endurer.

« Je suis vraiment désolé. Merci d’avoir attendu tout ce temps. Et maintenant, j’aimerais entendre ta voix. De tout mon cœur. »

J’agrippai sa main avec tant de force qu’elle devint blanche et je pleurai. Je n’étais pas sûr de trouver les bons mots. Cependant, il y en avait que je devais transmettre.

« Je t’aime. Reviens, Yuri… »

***

Nous passâmes notre 6e anniversaire de mariage dans une chambre d’hôpital.

Notre anniversaire et le sien étaient proches, donc cela faisait presque un an qu’elle était grabataire. Aux yeux du monde entier, Yuri était dans un état végétatif. Je ne voulais pas user d’un terme si répugnant pour la décrire, mais lorsque je devais expliquer sa situation, j’ai dû l’employer par nécessité. Je dois vraiment développer mon vocabulaire, lui dis-je un jour et j’eus le sentiment qu’elle me fit un sourire plus grand que d’habitude. Ainsi que Yuri l’avait toujours fait pour moi, je pris l’habitude de changer les fleurs de la chambre tous les jours et je lui parlais de choses banales. Je nettoyais son corps et lorsqu’il faisait beau, j’ouvrais la fenêtre pour que nous prenions des bains de soleil ensemble. Un de mes subordonnés m’enseignait la cuisine. Je voulais que la première chose qu’elle mangerait en se réveillant soit mes mets.

« Hé, Yuri, la probabilité du jour est encore de 0 %. Ta tranquillité est assurée pour aujourd’hui. »
[96,783 %]

Les nombres n’avaient diminué que de 3 % en un an. Je souris légèrement : ce n’est pas grave, je peux attendre. J’attendrai toujours. Alors prends ton temps et reviens. 

Il y a quelques jours, le médecin m’avait dit d’éteindre la machine qui la maintenait artificiellement en vie. Ses chances de guérison étaient faibles, d’après lui. J’élevais la voix et je lui donnai un coup de poing. Maintenant, je m’en repentais. Alors Yuri, ne sois pas fâchée contre moi quand tu ouvriras les yeux, d’accord ?

Un semestre plus tard, mon beau-père avait abandonné, mais pas moi. Je surmontais désespérément cet état d’esprit lorsque je me sentais baisser les bras et je discutais avec elle qui restait silencieuse.

Une demi-année plus tard, nous entamâmes la 7e année de notre mariage. En regardant Yuri qui restait muette, je repensai aux cinq années durant lesquelles je ne voulais pas lui répondre. Est-ce que c’était ce qu’elle avait ressenti ? En voulant s’occuper de moi qui ne voulais pas répondre… avais-je donné à Yuri ce sentiment de vide ?

Même lors de son anniversaire, ma vue était brouillée, je ne pouvais rien faire. Sans essuyer les larmes qui coulaient sur mon visage, je lui adressai la parole.

« Joyeux anniversaire. Je t’ai acheté les fleurs que je n’ai pas pu t’offrir la dernière fois. Cette fois-ci, j’en ai bien cent. Incroyable, pas vrai ? Nous pourrons aller t’acheter un cadeau quand tu te réveilleras. Rattrapons les sept dernières années. Peu importe ce que tu voudras. En fait, je n’ai pas la moindre idée de ce que tu voudrais. Tu devras me détailler ça, la prochaine fois. »

« Hé, la probabilité du jour était aussi de 0 %. Pourquoi es-tu encore au lit ? »
[92,693 %]

« Quelle couleur aimes-tu ? Quels sont tes loisirs ? »
[95,696 %]

« Que faisais-tu quand je n’étais pas là ? Quelles fleurs aimes-tu ? »
[69,258 %]

« Montre-moi des photos de ton enfance, la prochaine fois. Tu étais allée dans quel lycée ? »
[51,258 %]

J’étais étonné d’en être arrivé là. Je n’avais pas remarqué que les nombres décroissaient. Les probabilités continuaient de chuter de plus en plus. Mon rythme cardiaque augmentait de manière inversement proportionnelle. Ce n’était pas possible… ce n’était pas possible… ce n’était pas possible.

[32,258 %]
[20,258 %]
[12,258 %]
[1,178 %]
[0,001 %]

« Bonjour. Tu as assurément fait une belle grasse matinée, aujourd’hui. »

Sous son masque à oxygène, ses lèvres esquissèrent silencieusement un sourire. J’étais réfléchi dans ses grands yeux.

« Bonjour, Masahiro. »

Sa voix ne sortait pas, mais je vis ses mots sur ses lèvres en mouvement. Je fondis en larmes.

***

Je continuais à mon habitude.
[0,061 %]
C’était le résultat du jour.

En me levant, je caressais Yuri à mes côtés. Aujourd’hui encore, la petite vie à côté d’elle éclatait en sanglots avec énergie.

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