Il arrive, ferme les yeux #6

Chapitre 6 – Son identité
Traduction par @Litteangele

Note de la traductrice : petit cadeau pour les lecteurs qui suivent cette histoire. Le chapitre 6 est disponible en français. Les intrigues commencent, on découvre un peu plus notre protagoniste masculin et on va de révélations en révélations. Bonne lecture.


La pluie avait cessé. Le ciel bleu était redevenu limpide et clair. Le chemin forestier était fait de silence et de sérénité. Toutes les feuilles étaient trempées et brillaient au soleil. Jian Yao marchait lentement sur cette allée bordée d’arbres. Elle profitait du paysage, des belles couleurs. Son humeur était paisible et douce.

Très bientôt, elle dirait au revoir à Bo Jin Yan. Même ce « monstre », comme l’appelait Jian Xuan, méritait qu’on lui dise au revoir.

La villa se tenait au milieu de la verdure, silencieuse comme d’habitude, comme si le temps s’était arrêté. Jian Yao avançait d’un pas léger et rapide. À dix mètres de la villa, elle fut surprise par ce qu’elle vit.

La porte était ouverte.

D’habitude, quand elle arrivait, la porte était pratiquement cachée et non-visible de l’extérieur. Parfois, elle était même fermée et elle devait toquer. La porte s’ouvrait alors automatiquement, probablement grâce à une télécommande maniée par Bo Jin Yan à l’étage. Mais la porte n’était jamais grande ouverte comme elle l’était maintenant.

Elle avança de quelques pas avant d’apercevoir un certain nombre de personnes dans le salon qui murmuraient entre eux.

C’était vraiment une situation sans précédent.

Jian Yao s’immobilisa devant la porte et écouta avec précaution et attention. Juste à ce moment-là, quelqu’un se retourna et la vit.

— Qui est-ce ? Ah ! C’est toi !

Puis quelques personnes sortirent de la maison et Jian Yao les reconnut : c’étaient les agents de sécurité qu’elle avait croisés ce matin.

………………………………

Jian Yao visitait souvent le logement de son beau-père, situé dans l’enceinte surveillée par ces agents de sécurité. Ainsi, même s’ils ne connaissaient pas tous son nom, ils la reconnaissaient.

— Jian Yao ? Que fais-tu là ? s’écria l’un des vieux agents qui la connaissaient depuis de nombreuses années.
— Je… Je venais jeter un coup d’œil, répondit vaguement Jian Yao à ces hommes tendus, certains ayant même des bâtons en bois entre les mains. Pourquoi êtes-vous ici ? Le fils du vieux Xiao a-t-il été retrouvé ?

Ce « vieux Xiao » dont elle parlait, c’était le père de l’enfant disparu. Tout le monde resta silencieux jusqu’à ce que l’un des agents réponde :

— Pas encore. L’homme étrange qui vit ici n’est pas encore rentré.

Jian Yao allait poser une autre question lorsque le vieil agent de sécurité de tout à l’heure demanda subitement, les yeux brillants :

— Tu es venue pour nous aider ? Ce serait génial.
— Tant que je peux aider, j’aiderai, affirma-t-elle.

Le vieil agent de sécurité pensait qu’elle était là pour aider car lorsque l’enfant avait disparu, beaucoup de jeunes personnes vivant dans l’enceinte voulaient aider. De plus, Jian Yao traitait les gens de façon très amicale, elle avait donc dû venir lorsqu’elle a eu vent de l’affaire. Par ailleurs, il savait aussi qu’elle était très familière avec le corps policier. Il semblait qu’elle avait un ami travaillant dans la police criminelle, donc si elle pouvait aider, ce serait parfait.
(NdlT : il est ici sous-entendu que si elle pouvait en toucher un mot à ses contacts, l’enfant pourrait être signalé disparu avant que ne soient écoulées les 48 heures requises pour pouvoir ouvrir un dossier.)

Tous les agents de sécurité lui racontèrent donc en détail l’affaire, la surprenant.
(L’expression utilisée ici, 七嘴八舌 qī zuǐ bā shé, signifie que tout le monde parle de façon animée et en même temps, d’où la réaction de Jian Yao. D’ailleurs, la description utilisée, 心头一惊 xīn tóu yī jīng, peut signifier : être surpris, choqué, effrayé…)

L’enfant avait disparu la veille vers midi.  La famille et les amis avaient cherché tous les lieux auxquels ils pouvaient penser, mais le garçon restait introuvable. La seule piste, c’était un commerçant proche de la gare qui avait vu l’enfant rentrer dans une arcade dans la matinée. Ce commerçant avait également vu le « Frankenstein » (NdlT : surnom de Bo Jin Yan) dans les alentours ; il avait même discuté avec le garçon.

— Comment le commerçant a-t-il reconnu que la personne qui a parlé à l’enfant est le propriétaire de cette villa ? Ils se connaissent ? demanda Jian Yao.
— Mlle Jian, ne le savez-vous pas ? Beaucoup de monde le « connaît », répondit l’un des agents de sécurité. Ce « Frankenstein » se promène souvent en ville avec une veste coupe-vent et un masque. Il est très bizarre et va même dire des choses étranges aux gens. Il vit seul sur la montagne, tout le monde dit que c’est un malade mental. C’est sûrement lui qui a enlevé l’enfant !

Jian Yao est stupéfaite : elle n’était pas au courant, venant juste de rentrer pour les vacances d’hiver.

— Nous avons déjà informé la police de la situation, elle devrait bientôt arriver ! expliqua un autre agent de sécurité.

………………………………

Jian Yao entra dans la villa avec eux.

La maison n’avait pas changé par rapport à ce matin. Sept ou huit agents de sécurité étaient entrés, certains restant debout, d’autres s’étant assis, tous éparpillés dans la villa.

Un agent d’âge mûr était accroupi à côté du canapé. Il avait les yeux rouges, l’air déprimé et abattu. Jian Yao le reconnut : c’était le vieux Xiao.

Elle releva la tête, les yeux sur l’escalier silencieux et ensoleillé. Lorsque les agents avaient accusé Bo Jin Yan d’avoir enlevé l’enfant, sa première réaction a été de penser « Impossible ! ». Elle avait toujours eu l’impression que c’était un auteur de romans policiers. Mais il avait parlé à l’enfant…

Soudainement, son téléphone sonna. C’était un numéro inconnu.

— Allô, oui ? décrocha-elle après s’être un peu éloigné.
— Veuillez leur dire : sortez de chez moi. Merci, répondit une voix d’homme.

Cette voix à l’autre bout du fil était très basse, plus rauque que la veille, comme s’il venait de se réveiller. Il avait prononcé ses paroles d’un ton calme, comme s’il venait de dire des mots tout à fait normaux.

Jian Yao, le téléphone toujours à l’oreille, regarda de nouveau l’escalier vide. Fu Zi Yu avait son CV, il connaissait donc son numéro de téléphone. Par ailleurs, Bo Jin Yan était donc à la maison.

— M. Bo, ils ont une question très importante à vous poser. Pourriez-vous descendre leur parler un peu ? demande Jian Yao à voix basse, n’étant pas loin des agents de sécurité.
— Si toutes les personnes qui veulent me voir me voyaient, je serais déjà mort, répondit Bo Jin Yan d’un ton rieur.
— Pardon ?
— De fatigue, ajouta-t-il.

………………………………

—  Puisque vous ne voulez pas leur parler, dites-le-leur vous-même. Je ne parlerai pas pour vous, répondit Jian Yao après un instant de silence, sur un ton dur.

Bo Jin Yan resta silencieux. Jian Yao pensait qu’il allait continuer sur un ton coléreux ou sarcastique mais il dit soudainement :

— Très bien. Dites-leur que ce qu’ils cherchent se trouve dans la chambre fermée à clé du premier étage. La clé se trouve dans la cuisine, dans la troisième armoire, expliqua-t-il d’une voix grave exceptionnellement gentille, avant de raccrocher.

Suivant ses instructions, Jian Yao se rendit dans la cuisine et trouva effectivement ladite clé. Elle retourne au salon et expliqua au vieux Xiao et autres agents :

— Tout à l’heure, je ne vous l’ai pas dit mais je travaille temporairement pour Bo Jin Yan, le propriétaire de cette maison. Cependant, je ne le comprends pas non plus. Il vient de me téléphoner à l’instant et m’a demandé de vous montrer ceci.

………………………………

De nouveau devant la chambre interdite, le cœur de Jian Yao battait la chamade. Qu’est-ce que Bo Jin Yan voulait leur montrer en fin de compte ?  La voix de Bo Jin Yan laissait supposer anguille sous roche, il était trop coopératif.

Un agent de sécurité ouvra doucement la porte.

La lumière à l’intérieur était très faible. Il y avait des étagères métalliques sur lesquelles étaient posés des bocaux. Ils se rendaient compte petit à petit de ce qu’ils contenaient.

Tout le monde s’était immobilisé à l’entrée de la pièce, silencieux et sous le choc.

Dans le bocal qui leur était le plus proche, Jian Yao vit… des globes oculaires flotter dans un liquide de couleur foncée. Des yeux pâles, aux pupilles relâchées, de couleur vive, comme s’ils l’observaient. Jian Yao baissa presque immédiatement les yeux mais elle eut le temps d’apercevoir les rangées de bocaux : des lèvres, des dents, des poignets, des cœurs, des organes génitaux mâles…

— Meurtrier ! Assassin ! s’écria un agent avant de sortir en courant.

Les autres agents avaient également pâlis et le suivirent dehors. Le vieux Xiao, lui, s’était figé. Deux agents l’emmenèrent hors de la pièce.

— Allez, sortons d’abord de cet endroit. On va surveiller les lieux, la police ne devrait plus tarder ! Faisons vite passer le mot !

Les bruits de pas et les voix humaines disparurent bientôt derrière Jian Yao. Il n’y avait plus personne à part elle. Le cœur de Jian Yao battait de façon irrégulière, des frissons s’infiltraient dans son corps et ses membres. Elle se retourna également et sortit rapidement de la chambre avant de s’arrêter après quelques pas, saisie d’un doute. Elle retourna dans cette pièce secrète. Ce qui se trouvait devant elle était horrifiant mais elle  n’était pas là pour voir ce qui se trouvait dans tous ces bocaux. À la place, elle saisit le bocal avec les globes oculaire et le retourna lentement…

Sous le bocal se trouvait une petite étiquette jaune.

Tout à l’heure, en rentrant dans la pièce, elle avait pu apercevoir rapidement que tous les bocaux possédaient cette même étiquette, qu’elle lut…

C’était écrit en anglais :
« Numéro : 042 ;
Contenu : globe oculaire gauche ;
Sexe : femme ;
Âge : 27 ans ;
Cause du décès : accident de voiture, hémorragie ;
Date du décès : 15 août 2007 ;
Don de l’hôpital de l’État d’Ohio. »

L’étiquette comportait également le cachet de l’hôpital : c’étaient des échantillons de corps humain destinés à la recherche.

Jian Yao fut soulagée.

Elle entendit au loin la sirène des voitures de police qui se rapprochait petit à petit. Elle sortit donc immédiatement de la pièce. À peine avait-elle passé la grande porte de la villa qu’elle vit deux policiers entourés par les agents de sécurité, ces derniers parlant fort tout en pointant la villa du doigt. Au même moment, la porte se referma derrière elle en claquant.

Jian Yao observa la porte fermée. Bo Jin Yan les avait conduit dans la chambre des échantillons pour les faire fuir.

………………………………

C’était déjà l’après-midi, le soleil brillait encore sur la montagne. La villa se tenait silencieusement sous ce soleil, comme si rien ne s’était produit.

Les deux policiers qui étaient sur les lieux étaient de la police civile. Jian Yao leur raconta tout ce qui venait de se passer. Lorsque les agents l’entendirent expliquer qu’il s’agissait d’échantillons de recherche, ils étaient tous surpris mais insistèrent que c’était Bo Jin Yan  qui avait enlevé l’enfant.

Les deux policiers décidèrent d’interroger directement Bo Jin Yan ; Jian Yao et les agents devaient patienter à côté. Les deux policiers frappèrent à la porte et crièrent même, mais n’obtinrent pas un brui venant de la maison. Les agents spéculèrent donc que Bo Jin Yan avait la conscience coupable, ce pourquoi il restait caché. Jian Yao ne comprenait pas non plus ce qu’il faisait.

Les policiers ne pouvaient pas forcer l’entrée. Ils durent revenir vers Jian Yao.

— Vous avez son numéro de téléphone, n’est-ce pas ? Appelez-le et dites-lui d’ouvrir la porte, s’il vous plaît.

Jian Yao hocha la tête. À leur demande, elle l’appela et activa le haut-parleur.

— La police est devant la maison, elle a des questions à vous poser. Ouvrez la porte s’il vous plaît, commença Jian Yao.
— Est-ce qu’ils ont un mandat de perquisition ou d’arrestation ? demanda Bo Jin Yan quelques secondes après.
— Non, répondit-elle lorsqu’elle vit les policiers secouer la tête négativement.
— Alors pourquoi devrais-je ouvrir la porte ? Au revoir, raccrocha Bo Jin Yan.

Les policiers se regardèrent, ils commençaient à s’irriter.

— Appelons le bureau pour plus d’instructions ! déclara l’un d’entre eux.

Jian Yao commençait également à être agacée, mais plus que l’agacement, elle faisait plus confiance à son intuition : ce n’était pas un criminel. Quel genre de criminel se comporterait ainsi ?

Au même instant, une sirène de police s’approchait de nouveau de la villa. Tout le monde regarda en direction du bruit.

Plusieurs officiers de police, rassemblés autour d’un homme d’âge mûr à l’allure imposant le respect, marchaient vers la villa. Parmi eux se trouvait Li Xun Ran. Jian Yao reconnut l’homme d’âge mûr : c’était l’inspecteur en chef.

………………………………

Dans un lieu aussi petit de la montagne, la situation était à l’évidence devenue un peu compliquée.

— Pourquoi es-tu là ? demanda Li Xun Ran, surpris de voir Jian Yao, de laquelle il s’était donc approché.
— C’est une longue histoire, répondit-elle. Pourquoi le chef est-il venu ?
— C’est une longue histoire, reprit-il ses mots, un sourire mystérieux et excité aux lèvres. Le chef aussi vient d’apprendre de la part de ses supérieurs que « cet homme » vit ici. Il est donc personnellement venu le voir.

Cela sonnait étrange aux oreilles de Jian Yao, qui voulut poser plus de questions. Mais les collègues de Li Xun Ran l’appelèrent. Il dit donc rapidement :

— Tu es là pour aider les agents de ton enceinte à retrouver l’enfant disparu ? Je sais qu’il y a des gens qui l’ont signalé comme suspect, mais il doit y avoir erreur, comment pourrait-il être le criminel ? Je t’en dis plus tout à l’heure, finit-il avant de partir.

………………………………

Cette fois-ci, ce fut Li Xun Ran qui toqua à la porte.

Encore une fois, le résultat fut le même : aucune réponse, et ce devant de nombreuses paires d’yeux.

Encore une fois, Jian Yao fut demandée de l’appeler sur son téléphone. C’étaient probablement les deux policiers précédents qui avaient déjà rapporté l’information au chef.

— Xiao Jian, tu as son numéro de téléphone ? Appelle-le s’il te plaît, pria le chef à l’expression et à la voix douces.

Il avait toutefois parlé suffisamment fort pour que tout le monde l’entende. Tous les policiers avaient ainsi les yeux rivés sur elle ; Li Xun Ran était encore plus étonné. Dans cette situation, Jian Yao n’avait pas d’autre choix que d’appeler Bo Jin Yan et d’activer le haut parleur… encore une fois.

Mais qui aurait pensé qu’avant même qu’elle ne puisse un mot, Bo Jin Yan avait déjà pris la parole de sa voix rauque et, cette fois-ci, affligée :

— Se pourrait-il que vous ayez oublié les dernières 24 heures ? Avez-vous oublié l’heure tardive à laquelle je suis allé me coucher hier soir ? Pourquoi m’appelez-vous encore ?

Jian Yao allait répondre lorsqu’elle sentit subitement les regards étranges que lui lançaient l’attroupement. Mais la police criminelle avait de l’expérience, ils avaient deviné son regard plutôt intelligent. Li Xun Ran la fixait encore plus du regard. Face à cette réaction, elle se sentit soudainement embarrassée et impuissante. Se défendre aurait empiré les choses. Elle choisit donc d’en venir au fait :

— Bo Jin Yan, l’inspecteur en chef voudrait vous voir.
— Je ne veux pas, répondit-il.
— Laisse-moi lui parler, s’exprima le chef tout d’un coup.

Il tendit la main et demanda le téléphone de Jian Yao. Puis il s’isola sur le côté, discuta quelques temps avant de raccrocher, le visage souriant.

………………………………

Jian Yao vit le chef et quelques membres de la police criminelle se diriger de nouveau vers la villa.  Cette fois-ci, la porte s’ouvrit et ils purent entrer.

Jian Yao tira la manche de Li Xun Ran, à qui elle demanda :

— En fin de compte, qui est-il ?
— Quelle est ta relation avec lui ? demanda Li Xun Ran en lui jetant un coup d’œil et sans lui répondre.
— Je travaille pour lui en tant que traductrice, répondit brièvement Jian Yao.
— Quelle chance ! s’écria Li Xun Ran en lui tapotant l’épaule.

Il avait les yeux rivés sur la villa. Après un soupir, il reprit d’un ton envieux :

— Bo Jin Yan. Maître de conférence à l’université de Maryland aux États-Unis. Le plus jeune psychologue spécialisé en criminologie au monde. Consultant pour le ministère de la Sécurité publique. Contre toute attente, il est venu se reposer dans notre toute petite ville !

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4 réflexions sur “Il arrive, ferme les yeux #6

  1. Je viens de lire les 6 chapitres traduits et je voulais vraiment te remercier pour cette traduction, je prends un vrai plaisir à la lire. 🙂 Je sais que c’est un travail long et rigoureux, donc courage continue comme ça !
    et encore merci 🙂

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