Il arrive, ferme les yeux #5

Chapitre 5 – Rencontre lors d’une nuit pluvieuse
Traduction par @Litteangele

Note de la traductrice : joyeuses Pâques à tout le monde ! Enfin un autre chapitre après de longs mois d’absence. Je ne peux pas vous dire quand le prochain sortira, malheureusement, alors je vous laisse déjà profiter de celui-ci. Enjoy~


Jian Yao s’assit sur le canapé et ferma les yeux avec l’intention de s’endormir. Mais alors qu’elle ne s’était allongée que depuis peu, elle avait déjà les mains et pieds froids : son corps n’arrivait pas à se réchauffer. Si elle continuait ainsi, elle allait certainement attraper un rhume.

Elle se leva donc pour aller voir Bo Jin Yan.

L’orage grondait, il y avait des éclairs. Le long couloir sombre et étroit paraissait particulièrement lugubre. Au bout du couloir, Jian Yao eut une autre surprise…

De la lumière.

Il y avait un fin filet de lumière s’échappant de l’espace sous la porte de la chambre. Il y avait donc du matériel d’éclairage de secours à l’intérieur !

Stupéfaite, Jian Yao resta immobile un instant puis toqua à la porte.

Un instant après, la porte s’ouvrit soudainement. La première chose que vit Jian Yao fut la lumière des tubes fluorescents du plafond, une lumière soudaine qui lui fit mal aux yeux et qui lui laissa des spots lumineux dans les yeux. Puis elle vit un homme grand se tenant devant la porte, bloquant sa vue.

Jian Yao cligna des yeux, curieuse de voir ce qu’il y avait dans la pièce. Mais Bo Jin Yan, lui bloquant la vue, lui demanda rapidement :

—  Qu’y a-t-il ?

Jian Yao ferma puis rouvrit les yeux. Devant elle se tenait un homme à contre-jour, au visage indistinct avec un grand masque blanc ne dévoilant que ses yeux qui l’observaient.

— J’ai très froid, j’aurais besoin de vous emprunter des vêtements, dit Jian Yao doucement.
— Je n’aime pas que d’autres personnes portent mes habits, répondit-il après quelques secondes de silence, laissant Jian Yao sans voix.

Il recula subitement sans avertissement et lui referma la porte au nez. La pénombre enveloppa de nouveau Jian Yao.

Alors qu’il était en train de fermer la porte, elle avait vu que Bo Jin Yan portait des gants chirurgicaux. Elle avait aussi aperçu derrière lui de grandes étagères sur lesquelles étaient posés des contenants ronds. Elle ne savait pas ce qu’il y avait à l’intérieur mais il y avait des choses dedans.

Jian Yao retourna au salon, s’assit quelques minutes dans la pénombre avant de se relever abruptement pour se diriger vers la cuisine.

Elle alluma la cuisinière et mit ses mains devant la flamme orangée pour se réchauffer. En levant la tête, elle vit la bouteille de vin qu’elle avait offerte à Bo Jin Yan dans l’armoire. Elle la prit sans hésitation, l’observa quelques secondes puis but quelques gorgées.

Son père et son beau-père aimaient tous deux le vin, elle avait été subtilement influencée et ne pouvait laisser ce vin reposer en paix.

Maintenant réchauffée, Jian Yao se sentait mieux et réalisa qu’elle avait faim. Elle commença donc à chercher de la nourriture dans la cuisine.

Vide. Tous les placards étaient pratiquement vides. Même le réfrigérateur était vide. Il n’y avait même pas un seul fruit. Elle ouvrit le congélateur.  Cette fois-ci, c’était la bonne : des poissons. Il était plein de poissons entiers soigneusement empilés.

Bien qu’il y ait une panne de courant, c’était l’hiver, la température à l’intérieur du congélateur restait basse. Jian Yao sortit le plus gros poisson et le posa sur la planche à découper. Même avec la petite lueur de son téléphone portable et de la lumière de la flamme, l’obscurité était de mise mais c’était tout de même suffisant pour cuisiner des choses simples. Très rapidement, elle obtint un plat de filets de poisson pochés qu’elle posa sur la table, puis elle retourna débarrasser la cuisine avant de dîner, comme à son habitude.

Qui aurait cru qu’une fois cette tâche terminée, elle trouverait la table vide ?

Jian Yao tourna la tête et vit une grande ombre blanche debout de l’autre côté de la table, son plat dans ses mains. Un « bang » se fit entendre alors que Bo Jin Yan reposait le plat.

— C’est mauvais, dit-il de sa voix grave et mélodieuse. La viande est trop cuite et vous avez ajouté trop de sel.

À ses mots, le tempérament de Jian Yao atteignit les limites de la patience ; sa colère explosa en un « bang ». Elle avança vers lui le visage froid et récupéra bruyamment son plat qu’elle posa de l’autre côté de la table.  Puis elle dit très lentement :

— Vous ai-je invité à manger ?

Elle s’assit, prit les baguettes et mangea lentement en silence.

Bo Jin Yan ne dit pas un mot et ne bougea pas, immobile, comme un arbre blanc silencieux. Dehors, la pluie tombait et un vent violent s’agitait ; la maison paraissait encore plus calme en comparaison. Seules les flammes vacillantes de la cuisinière apportaient du mouvement à la scène.

Puis il se mit à avancer lentement vers elle. Jian Yao avait toujours la tête baissée, prétendant qu’il n’était pas là. Mais du coin de l’œil, elle l’aperçut poser une veste d’homme sur l’une des chaises à côté d’elle. Elle vit les mains de Bo Jin Yan : il avait les doigts clairs, longs et fins mais pas émaciés comme l’avait décrit Jian Xuan.

Jian Yao fut surprise mais choisit de rester silencieuse.

Bo Jin Yan se retourna, contourna la table et se dirigea vers les armoires. Il retroussa ses manches en silence, se lava les mains puis se tint devant la planche à découper sur laquelle il commença à réaliser plus de filets de poisson.

Le filetage de poisson était silencieux mais Jian Yao le voyait vaguement poser des filets de poisson les uns après les autres, soigneusement. Après un instant de réflexion, il jeta doucement les filets un à un dans la casserole puis les retira rapidement, avec des gestes élégants, tel un chef expérimenté.

Enfin, il s’arrêta et observa le plat de poisson qu’il avait entre les mains. Il posa le plat sur la table et le poussa vers elle.

— Voici ce qu’est du poisson poché.

Jian Yao leva les yeux vers lui. Ainsi donc, tout ce travail, ce poisson qu’il a cuisiné pour elle, ce n’était que pour prouver qu’il était meilleur ? Après tout cela, il lui fut difficile de communiquer la colère qu’elle ressentait à la base.

Il se tenait très poche d’elle, Jian Yao pouvait voir son visage. Cette fois-ci, il ne portait pas de masque mais des lunettes énormes et complexes qui lui couvraient la moitié du visage. Les verres réfléchissaient une lumière rouge.

Des lunettes de vision nocturne ? La maison n’avait pas de lampe torche parce qu’il portait des lunettes de vision nocturne ?

Même avec les lunettes, Jian Yao pouvait voir qu’il avait des traits faciaux séduisants. Un nez fin et droit, des lèvres fines, une mâchoire tout à fait normale, un visage bien proportionné, rien à voir avec le visage « creux et fripé » qu’avait décrit Jian Xuan.

………………………………

Jian Yao l’ignora et continua de manger le poisson qu’elle avait cuisiné.

Après quelques secondes, elle le vit se redresser et se diriger vers les escaliers sans un mot. Sa grande ombre blanche disparut dans l’obscurité. Jian Yao se retrouva seule au rez-de-chaussée.

Elle prit la veste, qui lui sembla familière. Elle s’en souvint rapidement : n’était-ce pas la veste que Fu Zi Yu avait accrochée au porte-manteau le jour de son entretien ? Au milieu de la discussion, il était allé récupérer son téléphone dans la poche de la veste.

C’était donc ça.

Elle se souvint subitement des paroles de Fu Zi Yu. Il avait dit que Bo Jin Yan était un homme excentrique qui n’avait aucun ami.

Ainsi donc, Bo Jin Yan était un cas social manquant de capacité de communication interpersonnelle.

À ces pensées, la colère présente dans le cœur de Jian Yao disparut. Incapable de retenir sa curiosité, elle prit les baguettes et choisit le plus petit filet de poisson au fond du plat qu’il avait cuisiné. Puis elle déplaça légèrement les autres morceaux dans l’assiette afin de cacher son geste.

Elle goûta le filet choisi et fut bouche bée : c’était bien meilleur que ce qu’elle avait préparé.

=

Jian Yao fut réveillée par de bruyants claquements. Elle s’assit sur le canapé et leva les yeux. Les fenêtres du salon étaient victimes du vent, elles frappaient sans cesse leurs cadres en métal.

Il faisait encore nuit noire. La pluie semblait s’être un peu calmée mais le vent était plus fort, le soufflement ressemblant au rugissement d’une bête sauvage.

Jian Yao se dit que le verre ne devait pas se briser, elle se leva donc immédiatement et se dirigea vers les fenêtres. Une fois devant, elle vit une ombre en haut des escaliers. Bo Jin Yan descendait lentement ; il avait lui aussi probablement entendu les claquements de fenêtre à l’instant. Son expression restait cachée par l’obscurité, indiscernable. Il portait encore ses lunettes de vision nocturne.

Jian Yao l’ignora. Elle attrapa une des fenêtres en verre et, face au vent, la ferma de force. Alors qu’elle tendait le bras pour attraper la seconde fenêtre, un coup de vent violent s’engouffra et un éclair l’aveugla. La lourde fenêtre en verre se détacha de son cadre en métal et tombait sur elle…

Pour l’éviter, Jian Yao se retourna par réflexe, levant les mains pour se protéger le visage. Elle sentit une main serrer son poignet droit et fut tirée loin de la fenêtre. Au même moment, elle entendit derrière elle un « bang » très bruyant puis du verre brisé tomber sur tout le sol…

Jian Yao était surprise et tourna la tête. Elle vit d’abord l’encadrement de fenêtre, sur lequel ne restait qu’une bordure de verre avec des pointes dangereuses,  puis le sol recouvert de verre brisé.

Source : épisode 1 du drama Love Me If You Dare.

C’en était moins une !

Elle se retourna de nouveau pour faire face à Bo Jin Yan. Il avait la même allure que plus tôt, avec ses lunettes de vision nocturne. Mais parce qu’il était maintenant plus près, elle pouvait sentir son odeur : masculine et étrangère. Par ailleurs, il tenait encore fermement son poignet.

— Merci, dit-elle en essayant de libérer son poignet, en vain.

La seconde d’après, elle le vit soudainement se pencher, tendre son bras et le passer sous les genoux : il la porta.

— Que faites-vous ? demanda Jian Yao, choquée.
— Je ne pense pas que vous puissiez contourner tous les bris de verre et retourner au canapé sans des lunettes de vision nocturne, répondit-il en la regardant. Particulièrement avec un corps aussi peu vif que le vôtre.

Sans qu’elle ait eu le temps de répondre, il s’était déjà avancé à grands pas vers le canapé.

Il était grand ; dans ses bras, Jian Yao ressentait de la fébrilité. De plus, en raison de sa proximité avec la poitrine de Bo Jin Yan, la légère odeur masculine était plus évidente. Comme elle était aussi proche de lui, il lui semblait encore plus grand et élancé. Jian Yao n’avait jamais été ainsi portée par un homme, elle était un peu mal à l’aise. Mais il avait raison, elle ne pouvait retourner au canapé que de cette façon.

Très vite, il atteignit le canapé dans lequel il la déposa en douceur. Bien que sa manière de parler à l’instant avait tendance à irriter les gens, il l’avait sauvée.

— Merci, prononça-t-elle.

Son visage restait caché par l’obscurité. Après l’avoir déposée, il se redressa et se dirigea vers la cuisine. Elle le vit faire le tour de la pièce avant de revenir.

— Il me semble que vous ayez atteint une conclusion, affirma-t-il.

Jian Yao comprit avec délai : il devait parler du poisson. Mais elle pensait avoir déjà couvert ses traces, comment avait-il découvert qu’elle avait goûté son plat ?

— Je reconnais que vous cuisinez le poisson mieux que moi, répondit-elle franchement. Mais la manière dont vous avez parlé était très irritante.
— Bonne nuit, se contenta-t-il de répondre doucement, sans adresser la critique qu’elle venait de lui faire.

Cette fois-ci, Jian Yao avait entendu le léger sourire contenu dans la voix de Bo Jin Yan. Elle était presque sûre qu’il s’agissait d’un sourire de victoire par rapport au poisson.

En un clin d’œil, il avait disparu à l’étage.

=

Lorsque Jian Yao se réveilla de nouveau, la lumière brillait à travers la fenêtre, il ne pleuvait plus. Elle se leva et respira l’air matinal froid et pur. La pièce était vide et silencieuse, comme s’il ne s’était rien passé la veille. Il n’y avait pas de mouvement à l’étage non plus.

Lorsqu’elle pensait à ce qu’il s’était passé la veille, c’était comme si cela avait eu lieu dans un rêve d’une autre époque.

Jian Yao posa la veste de Fu Zi Yu sur le canapé. Elle balaya proprement les bris de verre tombés dans le salon puis rentra chez elle.

=

Tout était silencieux, il y avait peu de piétons dans la rue à cette heure-ci.

Au total, Jian Yao avait à peine dormi quelques heures la nuit dernière, elle était plutôt fatiguée. Elle ne rentra pas sur le camp policier mais chez sa mère et son beau-père pour qu’ils évitent de s’inquiéter. Son beau-père travaillait avec les machines, il logeait dans l’enceinte de l’entreprise.

Jian Yao n’avait pas appelé sa famille. Elle leur avait seulement écrit un court message pour leur dire qu’elle allait bien, qu’ils ne se lèvent pas pour venir la récupérer à cette heure si matinale. Sur leur chemin et dépassée, elle entendit par hasard leur conversation et leurs voix anxieuses et coléreuses.

— Ça doit être cet homme bizarre !
— Oui, c’est lui qui doit avoir enlevé l’enfant !
— On ne peut pas rester les bras croisés.

………………………………

En entendant le mot « enlever », Jian Yao fut immédiatement réveillée. Elle se souvint de l’affaire de kidnapping dont avait parlé Li Xun Ran. Devant, les agents de sécurité montèrent dans une voiture et s’éloignèrent.

Bien qu’elle ne sache pas ce qu’il s’était passé exactement, elle avait le sentiment que cela avait un rapport avec l’affaire dont il parlait. Elle devait donc en informer Li Xun Ran, qu’elle appela immédiatement. Cependant, il ne répondait pas au téléphone. Puis Jian Yao se souvint qu’il avait mentionné devoir se rendre en campagne pendant quelques jours pour enquêter sur l’affaire : le réseau y était mauvais. Elle décida de réessayer plus tard et rentra d’abord à la maison.

=

Une fois rentrée, Jian Xuan lui raconta ce qu’il s’était passé. Le neveu d’un des agents de sécurité était venu de la campagne pour s’amuser un peu en ville. Ce neveu avait disparu la veille : il n’était toujours pas rentré.

— J’ai entendu dire que la disparition a déjà été signalée, continua Jian Xuan. Cependant, cela ne fait pas encore 48 heures, la police municipale ne peut pas encore ouvrir de dossier.

Jian Yao hocha la tête et réessaya d’appeler Li Xun Ran, qui ne répondit toujours pas. Fatiguée, elle partit faire la sieste.

=

Lorsqu’elle se réveilla, il était déjà midi. Le ciel était clair, le soleil brillait. Jian Yao fit un peu de rangement, mangea et se prépara à sortir.

— Tu retournes encore à la villa ? demanda sa petite sœur. Ne viens-tu pas de rentrer ce matin ?
— J’ai bientôt terminé le travail qui m’a été confié, expliqua Jian Yao. Ce sera fini aujourd’hui et je n’aurai plus besoin d’y retourner à partir de demain. Nous passerons un bon Nouvel An. Hier, j’ai vu Bo Jin Yan, ajouta-t-elle.
— Vraiment ? demanda Jian Xuan, soudainement pleine d’entrain. Est-ce qu’il est vraiment terrifiant ?

Jian Yao réfléchit à la question sans répondre et finit juste par soupirer.

Lorsque sa petite sœur eut fini de jaser sur son expérience de la veille, Jian Yao sortit travailler. Lorsque les vingt jours de travail seront écoulés, Bo Jin Yan et elle n’auront plus aucun lien. Ensuite, les jours redeviendront calmes. Les vacances d’hiver prendront fin, elle retournera à la ville B. Elle signera un contrat de stage, ira travailler, trouvera un petit ami, se mariera et aura des enfants.

Cependant, Jian Yao ne s’attendait pas à ce que des événements encore plus perturbants se produisent cet après-midi à la villa. Contre toute attente, après ce jour, ses jours ne seront plus aussi tranquilles. La vie qu’elle s’était tracée allait progressivement dévier ; elle allait suivre une voie plus étrange et complètement différente de ses plans présents.

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