Il arrive, ferme les yeux #4

Chapitre 4 – Bonjour et au revoir
Traduction par @Litteangele

Sans titre-1 copieJian Yao était une fille d’apparence très gentille et délicate. Elle avait des cheveux longs, le teint clair, une silhouette svelte et un joli visage. Ses yeux noirs de jais, clairs et profonds comme la surface de l’eau, ajoutaient particulièrement des points à son tempérament exceptionnel.
Sans titre-1 copieSon style vestimentaire était également ainsi : doux et raffiné mais pas exagéré ni négligé. Elle savait très bien coordonner ses vêtements, ils étaient de marque commune et agréables. Elle parlait d’une voix douce mais directe. Elle riait aussi librement et aisément mais sa gestuelle restait gracieuse.
Sans titre-1 copieElle avait hérité de sa mère vertueuse ce tempérament modeste et élégant. Mais elle avait aussi en elle l’esprit insouciant et entêté de son père. Bien que son père ne l’ait accompagnée que durant six ans, il avait utilisé de nombreux mots qui avaient laissé une profonde impression sur la petite Jian Yao. Par exemple, « un grand homme doit vivre dans ce monde avec un esprit indomptable* », « profite pleinement et avec bonheur des plaisirs de la vie** » ou encore « la vraie amitié entre deux hommes nobles n’a pas besoin d’être excessivement démonstrative*** ».
(*大丈夫行事顶天立地、问心无愧 : littéralement « un vrai homme agit avec courage et bonne conscience » – le proverbe vient probablement de 大丈夫世上顶天立地 dont j’ai donné la traduction dans le texte.
**人生得意须尽欢 est une expression tirée du poème 將進酒 (Sortez le vin) de 李白 (Li Bai) datant de la dynastie Tang.
***君子 : littéralement « l’amitié entre deux hommes vertueux est claire comme de l’eau » i.e. une amitié sans saveur mais sans substance nocive telle que l’intérêt personnel. La suite du proverbe 小人之交甘若醴 dit qu’en revanche, une amitié entre des hommes plus petits est douce comme le vin mais dépourvue de matière véritable. Proverbe tiré du Zhuangzi, un des textes fondateurs du taoïsme.)
Sans titre-1 copieCe pourquoi ce jour-là, alors que le soleil se couchait et que la pêche était terminée, elle laissa la canne « DAIWA Tigre rouge » et plus d’une dizaine de poissons sur le rivage puis appela Jian Xuan pour ranger les choses et partir.
Sans titre-1 copie— On laisse ça comme ça ? demanda Jian Xuan qui trouvait cela incroyable.
Sans titre-1 copie— On laisse ça comme ça. Il viendra les récupérer lui-même plus tard.
Sans titre-1 copieC’est lorsque qu’elles arrivèrent devant chez elle peu de temps après que Jian Xuan se souvint subitement d’un point important.
Sans titre-1 copie— Grande sœur, tu as pêché tellement de poissons pour lui mais il n’a rien exprimé d’autre ? Il a juste envoyé un e-mail disant merci ? demanda Jian Xuan ; elle n’était généralement pas du genre à chipoter mais elle avait juste peur que les gens ne prennent avantage du tempérament généreux de sa grande sœur.
Sans titre-1 copieJian Yao ne pensait pas comme cela. À la place, considérant les gestes de Bo Jin Yan du jour, elle pensait qu’il semblait être une personne directe et plaisante.
Sans titre-1 copie— Ne trouves-tu pas cela intéressant ? demanda-t-elle.
Sans titre-1 copie— Je pense juste que tu es trop gentille avec ce monstre, dit Jian Xuan les lèvres retroussées. Se peut-il que ce soit le printemps pour le monstre* ?
(*Le « printemps » désigne métaphoriquement la saison des amours.)
Sans titre-1 copie— Va te faire voir, rit Jian Yao malgré elle.

Sans titre-1 copieCependant, Jian Yao n’aurait jamais pensé qu’elle recevrait vraiment le « geste » de M. Bo trois jours plus tard. Ce jour-là, en rentrant chez elle, elle vit un grand colis posé sur la table. Jian Xuan l’examinait de près, elle semblait avoir observé ce colis durant une demi journée.
Sans titre-1 copie— De la ville B, envoyé par Fu Zi Yu. Ce n’est pas l’ami du monstre ? demande curieusement Jian Xuan. Que t’a-t-il envoyé ?
Sans titre-1 copieJian Yao n’en avait aucune idée non plus, Fu Zi Yu n’avait pas parlé d’envoyer quoi que ce soit. Elle ouvrit le colis et fut énormément surprise : de manière inattendue, c’était une canne à pêche « DAIWA Tigre rouge » flambant neuve, identique à celle de Bo Jin Yan. Jian Yao appela Fu Zi Yu.
Sans titre-1 copieDans la ville B, Fu Zi Yu portait une blouse blanche. Il était assis dans son bureau et regardait les dossiers médicaux de ses patients.
Sans titre-1 copie— Jian Yao, acceptez-la, je vous prie, dit-il d’une voix toujours aussi joyeuse et légère. C’est Jin Yan qui m’a demandé de l’acheter pour vous l’offrir afin de vous remercier pour les poissons. Vous savez combien il aime manger du poisson, il n’y a pas d’autre signification.
Sans titre-1 copie— C’est trop onéreux, je ne peux pas accepter, hésita bien entendu Jian Yao.
Sans titre-1 copie— Il en a déjà une et je ne pêche pas, sourit Fu Zi Yu. Si vous nous la rendez, cette canne à pêche sera du gâchis.
Sans titre-1 copie— M. Fu, pêcher n’est rien…, commença Jian Yao qui n’était pas d’accord.
Sans titre-1 copie— C’était l’idée de Jin Yan, interrompit Fu Zi Yu. Si vous voulez la rendre, rendez-la-lui, ce n’est pas de mon ressort. Mais considérant sa personnalité, il jette les choses qu’il considère inutiles. Demain, vous trouverez cette pauvre canne à pêche dans la poubelle.
Sans titre-1 copieEn fin de compte, Jian Yao n’eut d’autre choix que d’accepter, mais elle n’accepterait pas de salaire pour la traduction. Cela n’était pas non plus une grande quantité d’argent. La voyant si catégorique, Fu Zi Yu obtempéra.

Sans titre-1 copieAprès l’appel téléphonique, Fu Zi Yu se souvint de sa conversation avec Bo Jin Yan d’il y a deux jours. Il n’avait pas menti à Jian Yao, acheter cette canne à pêche avait vraiment été la décision de Bo Jin Yan, mais c’était son idée de la lui offrir en retour pour les poissons.
Sans titre-1 copieCe jour-là, il avait appelé Bo Jin Yan comme d’habitude pour s’enquérir des derniers événements.
Sans titre-1 copie— Tu as fini de manger les poissons que j’avais achetés la dernière fois, pas vrai ? Est-ce que je dois t’en faire livrer ? avait-il nonchalamment demandé ; considérant le froid des derniers jours, il pensait que la petite ville fournirait difficilement du poisson frais.
Sans titre-1 copie— J’ai beaucoup de poissons, fut la réponse légère et surprenant de Bo Jin Yan.
Sans titre-1 copie— D’où viennent-ils ? Tu les as achetés tout seul ?
Sans titre-1 copieIl ne les avait certainement pas pêchés. Il connaissait la méthode de pêche de Bo Jin Yan. Ce dernier n’était pas patient : il plantait fréquemment la canne à pêche au bord de l’eau puis disparaissait.
Sans titre-1 copie— Jian Yao les a pêchés pour moi, répondit très naturellement Bo Jin Yan.
Sans titre-1 copie— Pourquoi a-t-elle pêché pour toi ? demanda Fu Zi Yu, intrigué.
Sans titre-1 copie— Cela m’importe peu.
Sans titre-1 copieFu Zi Yu en resta sans voix, c’était vraiment une « réponse à la Bo Jin Yan ». Mais Jin Yan avait dit « beaucoup de poissons », ce devait donc être vraiment beaucoup de poissons.
Sans titre-1 copie— Et tu avais dit auparavant qu’elle était telle une poupée de bois… Alors comment comptes-tu la remercier ? demanda-t-il.
Sans titre-1 copie— Double son salaire de ma part, répondit Bo Jin Yan après un instant d’hésitation.
Sans titre-1 copieFu Zi Yu était sur le point d’accepter lorsqu’il pensa : Bo Jin Yan se fait difficilement des amis. Cette Jian Yao avait l’air d’avoir un bon tempérament, s’ils la remerciaient avec de l’argent, cela semblerait un peu froid.
Sans titre-1 copie— Envoie-lui un cadeau, lui dit-il donc.
Sans titre-1 copie— D’accord. Je te laisse t’occuper de cela.
Sans titre-1 copie— Bo Jin Yan ! Je ne suis pas ta servante ! grommela Fu Zi Yu. Je ne la connais pas, comment pourrais-je savoir quoi lui offrir ? Réfléchis-y, toi.
Sans titre-1 copieBo Jin Yan se concentra vraiment durant quelques secondes, puis lui dit en souriant :
Sans titre-1 copie— Va lui acheter la même canne à pêche. De cette façon, je n’aurai plus besoin de planter la mienne à côté de l’eau tous les matins puis d’aller la récupérer tous les soirs.

Sans titre-1 copieLe jour après avoir reçu la canne, Jian Yao amena une bouteille de vin à la villa.
Sans titre-1 copieElle venait de la cave à vin de son père décédé prématurément. Il était de nature à penser que tout ce qui était dépensé reviendrait*, donc Jian Yao et sa mère n’avaient pas particulièrement gardé son vin. La plupart avait été bu par Li Xun Ran, il ne restait plus que quelques bouteilles à la maison. Ce n’étaient pas des grandes marques mais des vins fait maison par des artisans locaux. Cependant, ils étaient vieux de huit ans et n’étaient plus disponibles à la vente, ils étaient donc considérés comme inestimables.
(*Texte original : 他是千金散尽还复来的性子, issu du vers 天生我才必有用,千金散尽还复来 du poète Li Po. Signification : Dieu m’a donné des talents utiles à moi et à la société, donc même si j’use tout mon argent et mes ressources, ils reviendront quand même.)
Sans titre-1 copieAprès avoir laissé la bouteille de vin, Jian Yao envoya un e-mail à Bo Jin Yan :  « Un bon vin pour du bon poisson, veuillez accepter mon présent. »
Sans titre-1 copieBo Jin Yan ne répondit pas. Mais le jour suivant, lorsque Jian Yao entra dans la villa, elle vit la bouteille, un peu moins pleine, rangée dans le placard.

Sans titre-1 copieLes jours passèrent, le Nouvel An approchait, le travail de traduction de Jian Yao touchait à sa fin.
Sans titre-1 copie— Ça finit comme ça ? Sans avoir vu le visage de cet homme ? regretta profondément Jian Xuan ; elle utilisait maintenant « cet homme » à la place de « ce monstre ».
Sans titre-1 copieDire qu’elle n’était pas curieuse serait faux, Jian Yao l’était aussi un peu. Mais elle n’imaginait pas qu’après ces simples pensées, elle rencontrerait Bo Jin Yan le lendemain soir.
Sans titre-1 copieCe matin-là, il faisait beau, il semblait que la température allait augmenter. Jian Yao sortit avec une fine veste rembourrée sur le dos. Comme d’habitude, la journée était longue et silencieuse dans la villa.
Sans titre-1 copieParce que le travail touchait à sa fin, Jian Yao voulait finir plus vite, elle travailla donc sans s’arrêter jusqu’à la tombée de la nuit. Après avoir rangé ses affaires, elle entendit le vent violent souffler sur la fenêtre. Le tonnerre et les éclairs étaient apparus, la pluie tombait à verse.
Sans titre-1 copieIl était dangereux de descendre de la montagne avec un temps pareil. Jian Yao dut donc s’asseoir sur le canapé en attendant que le temps se calme. Elle appela sa famille et leur dit de ne pas venir la chercher.

Sans titre-1 copieElle attendit ainsi jusqu’à ce que nuit noire se fasse.
Sans titre-1 copieLa villa était bien éclairée, et avec la nuit tombée, de belles ombres se dessinaient sur le mobilier naturellement élégant. Dehors, le chaos bruyant engendré par la pluie et le tonnerre fit que la maison semblait de plus en plus grande, froide et déserte.
Sans titre-1 copieL’alimentation électrique des petites villes était moins stable, Jian Yao avait vécu beaucoup de coupure de courant lors de nuits aux pluies diluviennes. Faites qu’il n’y ait pas de coupure de courant, espérait-elle donc. À peine avait-elle pensé cela qu’elle entendit des « pop » dans l’air, venus d’on ne sait où et caractéristiques du courant électrique. Les lumières s’éteignirent brusquement et l’obscurité totale se fit.
Sans titre-1 copieJian Yao resta immobile quelques secondes puis alluma la lumière de son téléphone portable. Avec cette faible lueur, toutes les couleurs qui l’entouraient paraissaient lugubres.
Sans titre-1 copieJian Yao avança lentement vers l’escalier menant au second étage et au bas de celui-ci cria :
Sans titre-1 copie— M. Bo ! M. Bo !
Sans titre-1 copieIl n’y eut aucune réponse. Jian Yao monta les escaliers et s’immobilisa une fois arrivée au bout. Une porte en fer. Une grande porte en fer noir bloquait l’accès au second étage, sombre et menaçante. Le cœur de Jian Yao se serra, mais elle avança tout de même vers la porte et toqua tout en criant quelques mots.
Sans titre-1 copiePersonne.
Sans titre-1 copieIl y avait une petite fenêtre sur la porte. Jian Yao se mit sur la point des pieds pour jeter un coup d’œil à travers celle-ci et vit un long couloir sombre et plusieurs portes closes. Un éclair violent illumina d’un blanc neige un coin sombre de la pièce.
Sans titre-1 copieJian Yao était restée seule dans le villa depuis maintenant de nombreux jours, mais c’était la première fois qu’elle avait un peu peur, aussi fit-elle demi-tour. Qui aurait pensé qu’une fois dans les escaliers, des bruits de pas ni lents ni rapides se feraient entendre du second étage ? Quelqu’un arrivait.

Sans titre-1 copieJian Yao tint fermement la rampe d’escalier, immobile, n’osant bouger.
Sans titre-1 copieLors d’une nuit à la pluie torrentielle, les pas de cet homme sonnaient secrets, vagues et mystérieux. Il y eut soudainement un « bang ». La porte en fer était ouverte, un grand homme apparut.
Sans titre-1 copieParce qu’il faisait trop sombre, elle ne pouvait pas voir l’apparence de l’homme. Mais il était assez grand, au moins 1m85. Elle découvrit, surprise, qu’il était grand mais pas costaud comme elle l’imaginait. Il était même plutôt un peu trop fin. Elle pu vaguement distinguer qu’il portait… un peignoir blanc ? Pas étonnant que personne ne lui ait répondu lorsqu’elle criait à l’instant.
Sans titre-1 copieVoyant qu’il s’agissait d’une personne réelle (et non un fantôme), le cœur de Jian Yao se calma aussitôt. Parce qu’elle avait déjà fait l’expérience de sa personnalité excentrique, qu’il apparaisse cette fois-ci d’une porte en fer ne lui parut pas si étrange ni surprenant.
Sans titre-1 copieIl s’arrêta devant l’escalier, sembla la regarder puis descendit les marches avec ses longues jambes.
Sans titre-1 copie— M. Bo ? demanda Jian Yao.
Sans titre-1 copie— Ah, mumura-t-il, presque un grognement nasal.
Sans titre-1 copieIl continuait de descendre les escaliers, son grand corps tel un mur s’approchant d’elle. L’espace dans les escaliers étant plutôt limité, Jian Yao recula inconsciemment pour lui laisser de la place.
Sans titre-1 copie— M. Bo, avez-vous une lampe torche… ? demanda Jian Yao avec un sourire poli.
Sans titre-1 copieMais Bo Jin Yan avait déjà continué sa route, comme s’il ne l’avait pas vue, sans s’être arrêté, vers le rez-de-chaussée.
Sans titre-1 copieJian Yao hésita, le vit vaguement passer par le salon pour entrer dans la cuisine. Elle descendit donc les dernières marches et le suivit.
Sans titre-1 copie— M. Bo ?
Sans titre-1 copie— Je n’en ai pas, répondit-il sans se retourner.
Sans titre-1 copieBien que la réponse soit brève, Jian Yao put entendre qu’il avait une voix grave et mélodieuse.
Sans titre-1 copie— Dans ce cas, y a-t-il un moyen de réparer cela ? demanda Jian Yao avec hésitation.
Sans titre-1 copieBien qu’elle n’y connaissait pas grand chose à l’électricité, elle savait que les maisons situées dans des coins reculés, telle cette villa, avaient généralement leur propre générateur de courant.
Sans titre-1 copieCette fois-ci, Bo Jin Yan s’arrêta et se retourna vers elle, sembla réfléchir quelques secondes avant de répondre :
Sans titre-1 copie— D’après l’étendue de la panne de courant, le transformateur a été surchargé. Pour réparer cela, je devrai fermer l’interrupteur électrique, ouvrir le transformateur, trouver les composés abîmés et les remplacer par des nouveaux composés.
Sans titre-1 copieIl avait prononcé ce discours de façon très fluide et rapide, aussi Jian Yaone manqua pas de relever sa voix masculine grave et claire, comme les notes basses d’un piano. Mais alors qu’elle commençait à espérer et ouvrit la bouche, il reprit la parole d’une voix douce :
Sans titre-1 copie— Mais je ne ferai pas les réparations. Je suis très occupé. Faites comme chez vous mais ne me dérangez pas. Au revoir.
Sans titre-1 copiePuis  il se retourna vers la cuisine, avança dans le couloir et disparut de nouveau dans l’obscurité. Après le couloir se trouvait la pièce verrouillé qui lui était hors limites.
Sans titre-1 copieJian Yao resta immobile, ne le suivit pas. Elle n’aurait jamais imaginé que sa première rencontre avec M. Bo se passerait ainsi… Elle travaillait chez lui, il y avait maintenant un orage et une panne de courant mais il ne voulait rien à voir avec elle, la laissant seule dans le salon ?

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