Il arrive, ferme les yeux #2

Chapitre 2 – Cet homme, Xun Ran
Traduction par @Littleangele

Note de la traductrice : j’ai ajouté ici et là quelques précisions concernant la culture et la langue chinoise en espérant pouvoir apporter des précisions que je n’ai pas pu inclure dans la traduction en elle-même.


Sans titre-1 copieDurant ces vacances-ci, Jian Yao vivait seule dans la vieille maison située dans les locaux de la police. C’était là que vivait toute la famille avant la mort de son père. Après le remariage de la mère de Jian Yao, la maison avait été laissée vacante.
Sans titre-1 copieC’était déjà la fin de soirée, de nombreux habitants des locaux de la police avaient allumé la lumière, l’odeur de nourriture flottait dans l’air. Non loin de là, de nombreuses fenêtres du commissariat étaient éclairées, les policiers étaient encore occupés.
Sans titre-1 copieJian Yao ouvrit la porte de chez elle et vit sa petite sœur Jian Xuan couchée sur le canapé, mangeant une pomme devant la télévision. Celle-ci tourna la tête et murmura :
Sans titre-1 copie— Ce n’est que maintenant que tu rentres ? Je t’ai attendue presque une demi-journée.
Sans titre-1 copieJian Yao lança son sac sur sa sœur et s’assit à côté d’elle.
Sans titre-1 copie— Mon entretien s’est terminé à l’instant. N’es-tu pas revenue cette après-midi ? Je pensais que tu allais dormir là-bas.
Sans titre-1 copieLe « là-bas » dont elle parlait, c’était la maison de leur beau-père. Les deux sœurs y avaient passé la plus grande partie de leur enfance et de leur adolescence. Elles étaient en très bons termes avec leur beau-père mais sa maison n’était pas très grande. Une fois adulte, Jian Yao avait proposé de déménager dans leur vieille maison. Parfois, Jian Xuan alternait entre les deux maisons mais durant les fêtes, toute la famille se rassemblait.
Sans titre-1 copieJian Xuan étudiait aussi dans une autre ville, c’était une étudiante de première année. Aujourd’hui, elle avait souffert plus de 10 heures de trajet sur le siège dur d’un train* pour rentrer chez elle, elle était donc hagarde. Mais dès qu’elle entendit sa sœur prononcer le mot « entretien », elle se réveilla, s’assit et fixa Jian Yao du regard.
(*Plus précisément, il s’agit du 春运, un transport en commun de masse mis en place durant le festival du printemps i.e. la nouvelle année chinoise.)
Sans titre-1 copie— Maman m’a dit que tu étais allée là-bas pour passer un entretien ?
Sans titre-1 copieJian Yao sourit légèrement.
Sans titre-1 copie— Oui, je suis allée là-bas pour un entretien.
Sans titre-1 copieElle lui raconta brièvement ce qu’il s’était passé durant l’entretien mais considérant les clauses de confidentialité, elle ne parla pas du contenu spécifique de la traduction.
Sans titre-1 copieÉtonnamment, l’expression de Jian Xuan devient légèrement énigmatique.
Sans titre-1 copie— Donc… tu n’as pas encore vu ce… M. Bo ?
Sans titre-1 copie— Non, répondit Jian Yao en la regardant. Pourquoi ?
Sans titre-1 copie— Ah !
Sans titre-1 copieJian Xuan tapota soudainement l’épaule de sa sœur et d’un ton amer plein de dignité, dit :
Sans titre-1 copie— Grande sœur, tu dois être mentalement prête. Je pense l’avoir déjà vu… il a vraiment l’air effrayant.
Sans titre-1 copieJian Yao fut surprise. La silhouette grande et droite de l’homme qu’elle avait aperçu au second étage de la maison lui vint à l’esprit.
Sans titre-1 copieIl avait l’air effrayant ?
Sans titre-1 copieJian Xuan se mit immédiatement à raconter tous les détails. L’année dernière, elle était rentrée pour la fête de Qing Ming*. Une fois, elle était allée pêcher sur la montagne avec des amis et en passant devant la villa, elle avait vu l’homme au deuxième étage. Jian Yao  n’était pas revenue en ville à cette époque donc elle ne le savait pas.

(*Fête de Qing Ming 清明节 i.e. la journée nationale de nettoyage des tombes en Chine, généralement entre le 4 et le 6 avril, similaire à la Toussaint.)
Sans titre-1 copieBien que presque un an se soit écoulé, Jian Xuan se souvenait encore de cet « aperçu surprenant ». Un peu tremblante de peur, elle dit :
Sans titre-1 copie— Il n’avait que la peau sur les os, les yeux creusés, la peau ridée, comme un squelette… Non, comme un monstre ! Une autre fois, plus tard, mes camarades de classe ont dit l’avoir vu dans la rue. Il portait un masque, on ne pouvait pas voir son visage… Il faisait probablement peur à voir.
Sans titre-1 copieÀ la fin de ce récit, Jian Yao resta silencieuse.
Sans titre-1 copie— Juste un conseil : si cet homme s’avère être M. Bo, ne regarde pas son visage après l’avoir rencontré.
Sans titre-1 copieJian Yao ne put s’empêcher de rire.
Sans titre-1 copie— C’est bon. Quoi qu’il arrive, il ne pourra pas me faire peur.

Sans titre-1 copieAprès avoir discuté encore un peu, Jian Yao remarqua qu’il était presque l’heure et tourna la tête vers les bureaux de police en face de chez elle. Elle vit que la lumière était encore allumée à travers une fenêtre qui lui était familière.
Sans titre-1 copie— Invitions Li Xun Ran à dîner avec nous, dit-elle.
Sans titre-1 copieMais Jian Xuan avait déjà rendez-vous avec ses amis et partit en  quatrième vitesse.
Sans titre-1 copieJian Yao s’approcha alors de la fenêtre et appela Li Xun Ran.
Sans titre-1 copie— Xun Ran, c’est moi, Jian Yao. Je suis de retour.
Sans titre-1 copieL’homme à l’autre bout du fil resta silencieux quelques secondes, puis Jian Yao vit apparaître une silhouette à la fenêtre d’en face.
Sans titre-1 copie— Sors d’abord la tête par la fenêtre, que je puisse vérifier ton identité. J’ai des jumelles, dit-il tranquillement, sans se presser mais avec un sourire dans la voix.
Sans titre-1 copieJian Yao sourit également.

Sans titre-1 copieLes familles Li et Jian étaient amies, Li Xun Ran avait quatre ans de plus que Jian Yao. Ils ont joué ensemble depuis leur enfance, on pouvait même dire qu’ils avaient grandi ensemble innocemment*. Puis Li Xun Ran avait été admis à l’école de police et ils se virent moins. Après avoir été diplômé, il avait été assigné dans une autre ville. Au même moment, Jian Yao entrait à l’université. Il était encore plus difficile de se voir. En y repensant, cela faisait déjà trois ans qu’ils ne s’étaient pas vus.
(*Expression chinoise, 青梅竹马. Littéralement, « prunes vertes et cheval en bambou ». Plusieurs significations possibles : période durant laquelle un garçon et une fille grandissent ensemble ; un garçon et une fille jouant ensemble innocemment ; des amours de jeunesse ; un couple ayant grandi en tant qu’amis d’enfance. )
Sans titre-1 copieLe ciel était déjà noir, les lampadaires allumés décoraient toute la rue telles des perles flottantes. En cette nuit sombre, douce et trouble, Li Xun Ran se tenait appuyé contre le lampadaire devant le commissariat. Il portait un uniforme de police bien repassé et sourit en la voyant.
Sans titre-1 copieJian Yao s’approcha en souriant.
Sans titre-1 copieArrivée devant lui, elle allait parler mais son corps élancé s’inclina soudainement et il la prit dans ses bras.
Sans titre-1 copie— Ça fait longtemps, Jian Yao, dit-il d’une voix douce dans son oreille.
Sans titre-1 copieJian Yao ne pensait pas qu’il la prendrait soudainement dans ses bras. Elle fut momentanément surprise mais le prit également dans ses bras avec le sourire.
Sans titre-1 copieIls se rendirent dans un petit restaurant à proximité. Li Xun Ran avait choisi une table proche de la fenêtre ; un paravent sculpté les séparait du reste du restaurant, faisant de leur table un espace calme et isolé.  Alors qu’il feuilletait le menu, Jian Yao l’observa silencieusement.
Sans titre-1 copieSans lever la tête, tout en signalant à un serveur de venir pour prendre commande, il lui dit :
Sans titre-1 copie— Quoi ? Il n’y a pas de beaux hommes dans ton université des langues étrangères ?
Sans titre-1 copie— En effet, répondit très sérieusement Jian Yao.
Sans titre-1 copieUn sourire apparut sur les lèvres de Li Xun Ran.
Sans titre-1 copieIl était du genre bel homme, avec des traits noir de jais, des lèvres roses et des dents blanches*. Tous ceux qui le voyaient trouvaient qu’il était un très beau jeune homme avec beaucoup d’énergie. Mais depuis tout jeune, c’était un homme plutôt arrogant, le rendant moins approchable. Jian Yao trouvait qu’après quelques années au sein de la police, ce caractère était encore plus évident. Il avait l’air plus dur, plus sérieux et plus grave.
(*唇红齿白 : littéralement « lèvres roses et dents blanches », pour dire que quelqu’un est beau.)
Sans titre-1 copieAprès avoir fini de commander les plats, il passa un de ses bras sur le dossier de la chaise à côté et posa l’autre sur la table. Il l’observa silencieusement un moment puis sourit :
Sans titre-1 copie— Je t’emmène pêcher dans quelques jours ?
Sans titre-1 copieLorsqu’ils étaient plus jeunes, tous deux couraient souvent de partout sur la montagne. Ils pêchaient et cueillaient des légumes, ils s’en donnaient à cœur joie.
Sans titre-1 copie— Bien sûr, répondit-elle en le regardant, le menton posé sur ses mains. J’avais rejoint le club de pêche à l’école, mes techniques sont maintenant incroyables, tu ferais mieux d’y être mentalement préparé.
Sans titre-1 copieLi Xun Ran éclata de rire.
Sans titre-1 copie— Tu as réussi à trouver un petit ami ? lui demanda-t-il après un moment.
Sans titre-1 copie— Non, et toi ?
Sans titre-1 copie— Non plus, trop occupé.

Sans titre-1 copieIls en étaient à la moitié de leur repas lorsque le téléphone de Li Xun Ran sonna. Il répondit au téléphone et après quelques phrases, son expression devint grave. Après avoir raccroché, il sortit son portefeuille de son manteau.
Sans titre-1 copie— Il y a quelque chose de nouveau au commissariat, je dois y aller. Finis de manger tranquillement. Serveur, l’addition !
Sans titre-1 copie— C’est bon, dit Jian Yao en sortant également son portefeuille.
Sans titre-1 copieLi Xun Ran sourit. Lorsque le serveur arriva, Jian Yao voulut sortir l’argent mais Xun Ran lui saisit les mains d’une poigne d’une force surprenante, si bien qu’elle était incapable de les bouger.
Sans titre-1 copieAprès que le serveur lui avait rendu la monnaie, Li Xun Ran se souvint d’une affaire dont il était en train se s’occuper. Il fit signe à Jian Yao de s’approcher :
Sans titre-1 copie— Récemment, il se peut que nous ayons ici un trafic d’êtres humains en activité, spécialisé dans le kidnapping d’adolescents. Bien que ta sœur et toi êtes plus âgées, vous devez tout de même être prudentes. Nous sommes encore en train d’enquêter sur cette affaire, elle n’a pas été rendue publique.
Sans titre-1 copieL’esprit de Jian Yao fut vide l’espace d’un instant avant qu’elle ne l’entendre de nouveau parler :
Sans titre-1 copie— C’est moi, ton bon ami, qui ai découvert cette affaire alors que  je triais les dossiers des différentes affaires le mois dernier. J’ai remarqué qu’il y avait un total de 9 personnes disparues l’année dernière, dans la ville ainsi que la zone voisine. C’est deux fois plus que les années précédentes.
Sans titre-1 copie— Et ensuite ? demanda Jian Yao, les sourcils froncés.
Sans titre-1 copie— Ensuite, j’ai regardé les statistiques. De manière inattendue, parmi les 9 personnes disparues,  8 d’entre elles sont des adolescents et elles ont toutes disparu dans la ville. D’après les dossiers et après avoir questionné la police criminelle, il y a bien eu un trafic d’êtres humains en activité dans les environs ces dernières années. Les personnes disparues sont très probablement vendues au marché noir.
Sans titre-1 copieJian Yao fronça encore plus les sourcils. Li Xun Ran lui tapota l’épaule.
Sans titre-1 copie— Je résoudrai cette affaire.

Sans titre-1 copieJian Yao l’accompagna jusqu’à l’entrée du restaurant. Li Xun Ran sortit et s’éloigna un peu avant de tourner la tête. Il trouva Jian Yao debout au même endroit, qui le regardait silencieusement. À cette heure-là, la nuit était déjà noire. La lumière de la lune et celle des lampadaires se mélangeaient indistinctement, les piétons se faisaient rares. Li Xun Ran observa Jian Yao. Elle portait un pull jaune pâle, un pantalon de couleur foncée et ses longs cheveux noirs s’étendaient sur ses épaules, la rendant plus pâle et élégante.
Sans titre-1 copie— Rentre ! cria-t-il de loin.
Sans titre-1 copieJian Yao hocha la tête. Il se retourna, se frotta les mains et y souffla de l’air chaud en s’éloignant à grands pas.

Sans titre-1 copieCette nuit-là, Jian Yao rapporta à sa petite sœur ce que lui avait dit Li Xun Ran. Cette dernière devint nerveuse au point de prévoir d’aller acheter des armes d’autodéfense le jour même.
Sans titre-1 copieLes deux sœurs discutèrent durant la moitié de la nuit. Avant d’aller au lit, Jian Yao pensa à la police criminelle qui était occupée de l’aube jusqu’au coucher du soleil lors d’une enquête. Le projet de pêche avec Li Xun Ran allait probablement être repoussé indéfiniment. Puis elle songea à l’entretien qu’elle avait passé dans la journée ; le plus important pour le moment était de réussir ce travail.
Sans titre-1 copieLe lendemain matin, Jian Yao était encore en train de préparer le petit-déjeuner dans la cuisine lorsqu’un courrier express arriva. Jian Xuan signa le reçu.
Sans titre-1 copie— Même ville, dit-elle en lui remettant l’enveloppe.
Sans titre-1 copieJian Yao l’ouvrit. Il s’agissait bien du contrat de travail envoyé par Fu Zi Yu. Elle le lut attentivement pour vérifier qu’il n’y avait pas de problème. Arrivée à la dernière page, celle des signatures, elle fut surprise.
Sans titre-1 copieL’autre parti avait déjà signé de son nom. « Bo Jin Yan ».
Sans titre-1 copie— Le monstre a envoyé ça ? C’est quel genre d’écriture ? questionna Jian Xuan, curieuse.
Sans titre-1 copie— Son écriture lui correspond. Même si c’est un monstre, c’est un monstre avec beaucoup de caractère, répondit Jian Yao.
Sans titre-1 copie— Oh.
Sans titre-1 copieJian Yao sortit un stylo de son sac et alors qu’elle allait signer, elle s’arrêta, la pointe du stylo sur la feuille. Elle prit une feuille vierge et s’entraîna à signer une dizaine de fois avant d’apposer son nom à côté du sien.

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